Tchernobyl: Évaluation des incidences radiologiques et sanitaires
Mise à jour 2002 de Tchernobyl : Dix ans déjà

Chapitre IX
Enseignements tirés de l'accident*

Conclusions

(Les conclusions apparaîtront dans une nouvelle fenêtre)

L'accident n'a pas affecté tous les pays de la même façon et l'importance accordée à divers aspects a varié en fonction des conditions propres à chaque pays. Ainsi, les pays éloignés du lieu de l'accident et n'ayant pas de programme électronucléaire national, ni de réacteurs dans leur voisinage, ont eu tendance à privilégier le contrôle des denrées alimentaires et l'échange d'informations en tant que principal moyen d'améliorer la situation. Au contraire, les pays qui ont été contaminés du fait de l'accident et avaient leur propre programme électronucléaire et/ou des réacteurs dans les pays voisins, ont tiré des enseignements très importants de la façon dont l'accident s'est déroulé et a été traité. C'est pourquoi, les enseignements tirés de cet accident n'ont pas tous bénéficié du même degré de priorité dans l'ensemble des pays.

Aspects opérationnels

L'accident de Tchernobyl a été de caractère très spécifique et, bien qu'il ait mis en évidence les lacunes existant dans les plans d'intervention en cas d'urgence et dans la radioprotection, il ne devrait pas être considéré comme un accident de référence à des fins de planification future des mesures d'urgence (Bu91).

Il est apparu très clairement, d'après les premières réactions des autorités nationales compétentes, qu'elles n'étaient pas prêtes à faire face à un accident d'une telle ampleur et qu'elles devaient prendre, à mesure que l'accident se déroulait, des décisions sur des critères qui auraient pu être arrêtés auparavant. Il s'ensuit également que de trop nombreuses organisations ont été associées au processus de décision, car aucune ligne de démarcation nette n'avait été convenue ni établie. Il faudrait déterminer clairement, préalablement à tout accident, les domaines donnant matière à des chevauchements de compétences ou de juridiction. Une infrastructure permanente devrait également être mise en place et maintenue, si l'on veut que les mesures de protection soient efficacement appliquées. Une telle infrastructure doit comprendre des systèmes de communication rapides, des équipes d'intervention et des réseaux de surveillance. Il s'avère aussi indispensable de disposer d'équipes mobiles de surveillance au sol, ainsi que d'assurer une surveillance aérienne et le suivi du panache. De nombreux pays ont répondu à cette nécessité en établissant des réseaux de surveillance de ce type et en réorganisant leurs plans d'intervention en cas d'urgence.

Les procédures logistiques liées aux plans d'intervention, s'agissant notamment de l'administration d'iode stable (Sc94, NE95a) et de l'évacuation, doivent être en place et répétées bien avant la survenue d'un accident, car elles sont trop complexes et demandent trop de temps pour être mises en oeuvre pendant le bref délai imparti durant l'accident. Les interventions elles-mêmes et les niveaux auxquels elles devraient être engagées doivent être acceptés d'un commun accord, de préférence au plan international, et intégrés aux plans d'urgence pour pouvoir être appliqués immédiatement et efficacement.

L'accident a aussi prouvé la nécessité de prendre en compte, dans les plans d'urgence, la posssibilité de répercussions transfrontalières, car il a été démontré que la libération de radionucléides pourrait atteindre une altitude élevée et que la dispersion de la contamination porterait donc sur une étendue plus vaste. La crainte, née de l'expérience tirée de Tchernobyl, que tout pays puisse être affecté, non seulement par des accidents nucléaires survenant sur son territoire, mais aussi par les conséquences d'accidents se produisant à l'étranger, a favorisé dans plusieurs pays l'établissement de plans d'urgence nationaux.

Le caractère transfrontalier de la contamination a incité les organisations internationales à promouvoir la coopération et la communication entre pays, à harmoniser les mesures (NE88, IA94, IC90, IC92, NE93, NE89, NE90, NE89b, WH88, WH87, IA89b, IA92, IA91a, IA89c, IA87a, IA94a, EC89a, EC89b) et à concevoir des exercices internationaux d'intervention en cas d'urgence, tels que ceux organisés par l'OCDE/AEN au titre de son programme INEX (NE95). Parmi les principaux résultats à porter à l'actif de la communauté internationale figurent les accords sur la notification rapide d'un accident nucléaire et sur l'assistance en cas de situation d'urgence radiologique qui ont trouvé leur expression dans les conventions internationales conclues dans le cadre de l'AIEA et de la CE (EC87, IA86b, IA86c). En 1987, deux conventions sont entrées en vigueur, à savoir la Convention sur la notification rapide d'un accident nucléaire (« Convention sur la notification rapide  ») et la Convention sur l'assistance en cas d'accident nucléaire ou de situation d'urgence radiologique (« Convention d'assistance  »). Actuellement, 83 États sont Parties à la Convention sur la notification rapide et 79 sont Parties à la Convention d'assistance. En outre, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont Parties aux deux conventions.

Sur la base de ces deux conventions, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a mis en place un système de notification et d'échange d'informations en cas d'accident nucléaire ou de situation d'urgence radiologique, ainsi qu'un réseau destiné à apporter une assistance aux pays touchés, s'ils en font la demande.

La décision 87/600/EURATOM du Conseil du 14 décembre 1987 spécifie les modalités communautaires pour l'échange rapide d'informations en cas de situation d'urgence radiologique. À partir de cette décision du Conseil, la Commission européenne a créé le Système communautaire d'information rapide dans le domaine de la radioactivité (ECURIE), qui impose aux États Membres de l'UE de notifier à la Commission les situations d'urgence radiologique et de fournir rapidement les informations pertinentes disponibles pour minimiser les conséquences radiologiques prévues. Ce système est axé sur la communication et l'échange d'informations et de données en cas d'urgence nucléaire ou radiologique.

En outre, afin de faciliter la communication avec le public sur la gravité des accidents nucléaires, l'AIEA et l'AEN ont établi l'échelle internationale des événements nucléaires (INES), qui est actuellement adoptée par un grand nombre de pays.

L'accident a favorisé la conclusion, sous l'égide de l'OMS et de la FAO, d'un accord international sur la contamination des denrées alimentaires entrant dans le commerce international, car la plupart des pays ont besoin d'importer au moins une certaine quantité de denrées alimentaires et les gouvernements ont admis la nécessité de donner à leurs citoyens l'assurance que les aliments qu'ils consomment sont sûrs. La surveillance des denrées alimentaires importées figure parmi les premières mesures de contrôle qui aient été instituées et continue à être appliquée (FA91, EC89c, EC93a).

Cet événement a aussi montré clairement que tous les gouvernements nationaux, même ceux qui ne mènent pas de programme électronucléaire, ont besoin d'élaborer des plans d'urgence pour aborder le problème de la dispersion transfrontalière des radionucléides. Ces plans doivent nécessairement être de caractère international, ce qui implique l'échange libre et rapide d'informations entre les pays.

Il est essentiel que les plans d'urgence soient souples. Il serait absurde d'établir des plans en prévision d'un autre accident analogue à celui de Tchernobyl sans leur conférer de la souplesse, car le seul fait dont on puisse être certain, c'est que le prochain accident grave sera différent. Les responsables des plans d'urgence se doivent de passer au crible les principes généraux applicables à divers accidents et les intégrer dans un plan générique.

L'accident a souligné la nécessité d'informer le public et les pressions que ce dernier a exercées à l'époque ont clairement confirmé cette nécessité. Il faut disposer d'un grand nombre de personnes, qui connaissent parfaitement les techniques de communication de l'information, pour pouvoir offrir une source crédible d'information au public avant un accident, de manière à ce que des rapports clairs et simples puissent être diffusés de façon continue en temps utile et sous une forme précise (EC89).

Les plans d'urgence doivent également comporter un mécanisme permettant à de très nombreuses personnes de faire évaluer l'exposition à laquelle elles ont été soumises et à celles ayant subi une forte exposition d'être différenciées des autres. L'accident a aussi mis en évidence la nécessité de recenser au préalable les centres médicaux spécialisés dotés de moyens de transport appropriés pour traiter les personnes les plus fortement exposées.

Il s'est avéré nécessaire d'affiner et d'expliciter les conseils formulés au plan international (Pa88). Les recommandations relatives aux interventions en cas d'accident figurant dans la publication N° 40 de la CIPR n'étaient pas bien comprises au moment où elles ont dû être appliquées. La Commission en a diffusé une version révisée dans la publication N° 63 (IC92). Ce texte met l'accent sur la dose évitée en tant que paramètre en fonction duquel il convient d'évaluer une mesure d'intervention. Il est aussi précisé qu'une intervention doit être  »justifiée  », en ce sens qu'il faut démontrer qu'elle fera plus de bien que de mal, et qu'en cas de choix entre plusieurs solutions de protection, c'est  »l'optimisation  »qui permettra d'opérer ce choix. L'accent est également mis sur la nécessité d'intégrer toutes les mesures de protection dans un plan d'urgence et de ne pas les évaluer isolément, car chacune de ces mesures peut fort bien influer sur l'efficacité d'une autre.

Aspects scientifiques et techniques

Avant l'accident, on estimait que la flore et la faune présentes dans l'environnement étaient relativement résistantes aux rayonnements, ce qui était confirmé par le fait qu'aucun dommage radioécologique létal n'avait été observé après l'accident, sauf dans des forêts de pins (600 ha) et de petites zones de bouleaux à proximité du réacteur. Une dose cumulée inférieure à 5 Gy n'a certes aucun effet important, même sur la flore la plus sensible des systèmes écologiques, mais il n'en demeure pas moins nécessaire de dégager des enseignements écologiques concernant notamment le choix des sites d'implantation de réacteurs nucléaires (Al93).

Des études sont actuellement consacrées à l'absorption par les feuilles et les racines des plantes, ainsi qu'à la remise en suspension et aux intempéries. Les coefficients de transfert à tous les niveaux des voies d'exposition de l'homme sont en train d'être affinés. À la suite de l'accident, une évaluation des modèles utilisés sur treize sites pour prévoir le transfert de 131I et de 137Cs de l'atmosphère aux chaînes alimentaires (Ho91) a indiqué que les modèles d'usage courant débouchent habituellement sur une surestimation pouvant atteindre un facteur 10. La surveillance très poussée de la radioactivité chez les personnes au niveau de l'organisme entier, entreprise conjointement avec la mesure de la contamination du sol et des denrées alimentaires, a permis d'affiner la précision des modèles d'évaluation de la dose reçue par l'homme à partir de différentes voies d'exposition. Les méthodes et techniques utilisées pour traiter la contamination des denrées alimentaires, des équipements et des sols ont été améliorées.

Il est apparu que certains aspects météorologiques, tels que la relation entre le dépôt et les précipitations, et la présence d'un dépôt plus importants sur les terrains situés à une certaine altitude et sur les montagnes, revêtent de l'intérêt, notamment pour l'élaboration de modèles plus réalistes (NE96a). L'importance des cartes météorologiques à l'échelle synoptique utilisées dans les prévisions a été démontrée et différents modèles ont été élaborés pour prévoir les configurations de dépôt dans toute une gamme de conditions météorologiques. L'évolution chimique et physique des gaz radioactifs et des aérosols transportés dans l'atmosphère est à l'étude, le but étant d'améliorer la précision des modèles de transport.

Parmi les autres incidences de l'accident sur le perfectionnement des modèles, on peut citer l'amélioration des connaissances concernant le mouvement des radionucléides dans le sol et dans la flore et la faune, les voies d'exposition et les facteurs de transfert, l'effet des pluies torrentielles et l'influence des montagnes, ainsi que l'alignement des vallées sur les configurations de dépôt, la remise en suspension des particules, les mécanismes de transport de la pollution à grande distance et les facteurs qui influent sur les vitesses de dépôt (NE89a, NE96).

Des méthodes et normes uniformes ont été élaborées pour la mesure des radionucléides contaminants dans les échantillons prélevés dans l'environ-nement.

Dans les cas de forte exposition, on a montré l'importance des procédures médicales et de soins infirmiers de type symptomatique et prophylactique, telles que les antibiotiques, les agents antifongiques et antiviraux, l'alimentation par voie parentérale, la stérilisation de l'air et le traitement en chambre stérile, tout comme les résultats décevants de la transplantation de moelle osseuse.

En outre, l'accident a amené à renforcer les recherches sur la sûreté nucléaire et la gestion des accidents nucléaires graves.

Par ailleurs, il s'avère nécessaire d'entreprendre de solides études épidémiologiques en vue d'examiner les effets potentiels, tant aigus que chroniques, sur la santé. Dans le cas de Tchernobyl, vu l'absence de données systématiquement recueillies, à l'instar des données fiables et exhaustives consignées dans les registres des cas de cancer, il a été difficile d'organiser des investigations épidémiologiques appropriées en temps voulu. Il apparaît aussi nécessaire d'établir et de maintenir un système de surveillance systématique de la santé à l'intérieur et à la périphérie des installations nucléaires.

En Russie, le gouvernement a décidé de créer un système national de traitement de l'information concernant tous les aspects de la gestion de crise. Ce système fonctionnera au niveau national, de même qu'au plan régional. La base de données sera gérée par l'Institut russe IBRAE.

Le programme INEX (Plans d'intervention et gestion de la situation en cas d'urgence nucléaire)

Compte tenu de l'intérêt manifesté par ses pays Membres, l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire (AEN) a participé activement à l'établissement de plans d'intervention et de procédures de gestion en cas d'accident nucléaire et a créé, en 1990, le Groupe d'experts sur les exercices d'intervention en cas d'urgence, qui est devenu ultérieurement le Groupe de travail permanent de l'AEN sur les urgences nucléaires. Ce groupe de travail s'attache à cerner les idées novatrices et les démarches nouvelles visant à améliorer les procédures déjà en place pour faire face aux urgences nucléaires. Afin de réaliser cet objectif avec le maximum d'efficacité, ce groupe constitue, en fonction des besoins, des sous-groupes temporaires auxquels sont affectés des missions, des délais et des produits bien définis et qui font appel aux experts les plus compétents, non seulement des pays Membres de l'AEN, mais aussi des pays non membres. En outre, le groupe de travail se charge d'organiser des réunions de travail et des groupes de discussion, de diffuser des questionnaires sur des sujets spécifiques ou de mettre sur pied des séries d'exercices internationaux.

Afin d'étudier, pour la première fois dans un contexte international, les aspects transfrontaliers des accidents nucléaires, l'AEN a pris l'initiative de mettre au point et de mener le premier exercice international d'application des plans d'urgence en cas d'accident nucléaire INEX 1, exécuté en 1993. Grâce à cet exercice de simulation, la communauté internationale a pu, pour la première fois, tester les procédures et les mécanismes en place pour gérer une situation d'urgence nucléaire ou radiologique, ce qui a permis de dégager de multiples enseignements et d'améliorer la gestion des situations d'urgence nucléaire. Trois réunions de travail en liaison avec INEX 1 ont donné lieu à des échanges d'expérience concernant la mise en œuvre de contre-mesures à court terme après un accident nucléaire, les aspects agricoles des situations d'urgence nucléaire et/ou radiologique et la gestion des données relatives aux urgences nucléaires.

La série d'exercices INEX 2, réalisée également à l'initiative de l'AEN entre 1996 et 1999, était plus ambitieuse que la série INEX 1, en ce sens qu'elle visait à améliorer les procédures mêmes d'intervention en cas d'urgence et les  »matériels  »existants, au moyen d'un exercice à partir d'un poste de commandement véritablement international. Au cours de cette expérience, on a défini pour la première fois une  »culture  »des exercices internationaux d'application des plans d'urgence en cas d'accident nucléaire, ce qui a permis d'améliorer nettement les aspects internationaux des plans d'intervention et de la gestion de la situation en cas d'urgence nucléaire. La série d'exercices INEX 2 a fourni de multiples enseignements concernant la planification d'urgence et la gestion de crise, en particulier dans les domaines de la communication et de l'échange d'informations, de l'information du public et des médias et de la prise de décisions sur la base d'informations limitées et incertaines. L'identification des lacunes en matière de communication et d'échange d'informations a débouché sur ce qui constitue le principal résultat d'INEX 2 et une avancée majeure dans la gestion des situations d'urgence nucléaire, à savoir la mise au point de nouvelles stratégies de communication et d'échange d'informations, dites Stratégies de surveillance et de gestion des données dans les urgences nucléaires, qui sont actuellement appliquées par divers pays Membres de l'AEN et par la communauté internationale.

En ce qui concerne le rôle des organisations internationales, la série d'exercices INEX 2 a contribué à faire mieux comprendre quelles sont les organisations internationales concernées, quelles sont les obligations et responsabilités incombant à chacune d'elles et comment coordonner et harmoniser leur intervention en cas d'urgence nucléaire. Les organisations internationales concernées ont profité de cette expérience pour mettre en place un mécanisme de coopération et de collaboration par l'intermédiaire du Comité interorganisations d'intervention à la suite d'accidents nucléaires (IACRNA), dont l'AIEA assure le Secrétariat.

Au plan national, de nombreux pays ayant participé aux exercices INEX 1 et INEX 2 ont utilisé les données d'expérience et les enseignements tirés de ces exercices pour modifier et améliorer les procédures nationales applicables aux plans d'intervention et à la gestion de la situation en cas d'urgence nucléaire. Ils se sont également fondés sur les résultats de ces exercices pour actualiser les accords bilatéraux.

En 2001, l'exercice INEX 2000, similaire aux quatre exercices INEX 2, a été organisé en tant qu'exercice de notification et de communication en temps réel à partir d'un poste de commandement, portant sur les premières heures d'une situation d'urgence nucléaire. En outre, l'exercice INEX 2000 comportait pour la première fois un deuxième objectif majeur, qui consistait à tester les aspects relatifs à l'indemnisation et à la responsabilité civile après un accident nucléaire et qui a été réalisé dans le cadre d'une réunion de travail de l'AEN tenue en novembre 2001 et consacrée aux mécanismes de prise de décisions au cours des phases ultérieures d'une situation d'urgence nucléaire. Cet exercice a donc servi de passerelle entre la série INEX 2 et la génération suivante de programmes d'exercices internationaux d'application des plans d'urgence en cas d'accident nucléaire. D'une part, les exercices de notification rapide et de communication seront institutionnalisés par l'AIEA, en collaboration et en coopération avec d'autres organisations internationales, et répétés pério-diquement. D'autre part, l'AEN a lancé un nouveau programme novateur, INEX 3, en vue d'étudier la gestion post-accidentelle des sites et des régions contaminés.

En résumé, l'accident de Tchernobyl a déclenché le lancement de nombreux programmes nationaux et internationaux, qui ont débouché sur une amélioration considérable des procédures nationales et internationales applicables aux plans d'intervention et à la gestion de la situation en cas d'urgence nucléaire, notamment en ce qui concerne la communication et l'échange d'informations entre les pays et l'harmonisation des modes d'intervention. Cependant, il reste encore des perfectionnements à apporter, par exemple dans le domaine de la coordination et de l'harmonisation des réactions face aux accidents nucléaires, et dans celui de la prise de décisions au cours des phases ultérieures d'un accident. Les programmes de travail de diverses organisations internationales privilégient ces aspects.

Programmes psycho-sociologiques

Le projet ETHOS

ETHOS est un projet européen consacré à la recherche de nouvelles méthodologies pour réhabiliter durablement les conditions de vie des habitants des zones contaminées. Il s'agit d'une nouvelle démarche à l'égard de la synergie des compétences stratégiques, qui fait appel à des experts représentant différentes disciplines. Ce projet implique aussi que la population locale participe résolument à l'évaluation et à la gestion des risques, en collaboration avec les autorités locales et les experts (Lo99, He99), ce qui devrait l'aider à retrouver sa confiance dans ces autorités et experts.

Dans une première étape (1996-1999), la méthodologie et la démarche pratique propres au projet ETHOS ont été appliquées dans le village d'Olmany, situé dans le district de Stolyn au Bélarus. Ce village se trouve dans la partie sud-est du Bélarus, à 200 km de Tchernobyl. Les conditions de vie, en particulier dans le domaine de la radioprotection et de la production agricole privée, ont pu être considérablement améliorées, grâce à la participation très active des habitants du village. Un groupe de mères s'est investi dans des activités destinées à renforcer la protection radiologique de leurs enfants. Par la suite, de nouveaux modules pédagogiques, dérivés de cette culture de radioprotection, ont été introduits dans l'école du village.

Bien qu'il soit trop tôt pour formuler des conclusions définitives sur l'impact à long terme des mesures mises en œuvre, il est intéressant de noter qu'au cours des trois années d'application du projet un profond changement est intervenu au sujet de la radioprotection et plusieurs enseignements ont été dégagés. Le premier concerne le rôle négatif joué par les limites réglementaires, dès lors qu'elles sont interprétées comme une frontière entre ce qui est sûr et ce qui ne l'est pas. Il s'agit là, a-t-on estimé, d'un puissant facteur de blocage, qui décourage les personnes confrontées à des niveaux d'activité plus élevés et annihile toute initiative susceptible d'être prise pour faire appliquer le principe ALARA (niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre). Le processus suivi par les mères de ce village montre comment élaborer un cadre permettant de fixer des objectifs de protection, dans lequel les limites perdent leur statut antérieur et sont considérées simplement comme un point de référence servant à orienter les actions.

À l'échelle du village, le projet ETHOS a également réussi à conférer aux denrées alimentaires produites par les villageois une meilleure qualité radiologique, ce qui a permis d'améliorer la situation économique et radiologique au plan local par une action menée  »main dans la main  ». Les autorités biélorusses, en accord avec l'Union européenne, ont lancé en 1999 un projet similaire à l'échelle d'un district, celui de Stolyn (90 500 habitants). Cette deuxième étape visait à prouver que le projet ETHOS pouvait être mis en œuvre dans l'activité de tous les jours par des acteurs locaux, s'agissant par exemple de médecins, d'infirmières, de responsables d'exploitations agricoles col-lectives, d'enseignants et d'un spécialiste des mesures de radioactivité, en vue d'améliorer les conditions radiologiques et économiques. Toutes ces activités reposent sur le volontariat.

Autres études

Murphy et Allen (Mu99) ont étudié les facteurs qui déterminent les paramètres personnels amenant les individus à respecter ou non les régle-mentations relatives à l'utilisation des forêts et à la consommation des produits de la forêt. La collecte des champignons et des baies constitue pour ces populations une tradition, ainsi qu'une activité sociale et de loisir. Le respect des restrictions portant sur les forêts et les aliments qui en proviennent est dicté dans une large mesure par des facteurs ayant trait au comportement lui-même, à savoir ceux qui relèvent du mode de vie. Les facteurs liés aux rayonnements n'ont que peu d'incidence, voire aucune. Cela laisse à penser que le processus selon lequel les gens décident d'aller ou non en forêt et de consommer des produits forestiers est largement fonction de la question de savoir s'ils éprouvent le désir ou le besoin de le faire et si d'autres personnes de leur connaissance ont le même comportement. Les préoccupations suscitées par les rayonnements ne semblent guère intervenir dans ces comportements.

Cependant, plus de seize ans après l'accident, les populations qui n'ont pas respecté les mesures de protection ne sont pas indifférentes à la situation radiologique, étant toujours conscientes et inquiètes de la menace que les rayonnements font peser sur leur santé. Cette préoccupation peut se manifester elle-même par un risque accru de problèmes de santé liés au stress.

Dans une autre étude, Mays et al. (Ma99) ont pris l'exemple de la consommation de lait contaminé dans les zones rurales pour démontrer que les spécialistes de la radioprotection devraient étendre le champ de l'étude du risque et des incidences au-delà de la dose d'irradiation, de manière à couvrir les coûts sociaux et psychologiques tant de l'accident nucléaire que des programmes de contre-mesures

En conclusion, ces études montrent clairement la nécessité de prendre en compte les facteurs socio-psychologiques, si l'on veut que le public accepte les mesures de protection adoptées par les autorités nationales.

En résumé

Outre qu'il a donné une impulsion nouvelle aux recherches sur la sûreté nucléaire, notamment en ce qui concerne la gestion des accidents nucléaires graves, l'accident de Tchernobyl a incité les autorités nationales et les experts à réviser radicalement leur connaissance des questions liées à la radioprotection et aux situations d'urgence nucléaire, de même que leur attitude en la matière.

On a ainsi été amené à parfaire les connaissances relatives aux effets de rayonnements et à leur traitement, ainsi qu'à revivifier les programmes de recherche et de surveillance radioécologiques, les procédures d'urgence, de même que les critères et méthodes d'information du public.

En outre, de multiples initiatives de coopération internationale ont largement contribué à ces améliorations, s'agissant notamment de la révision et de la rationalisation des critères de radioprotection applicables à la gestion des conséquences des accidents, ainsi que du renforcement ou de la création de mécanismes internationaux de communication et d'assistance pour faire face aux aspects transfrontaliers d'accidents nucléaires potentiels.

Plus de seize ans après l'accident, nous pouvons observer que les conséquences de celui-ci n'ont pas été traitées dans leur intégralité. Certaines pathologies sont apparues mais aucune corrélation directe n'a pu être établie entre l'ampleur de ce phénomène et l'impact réel de l'accident.

Cependant, l'un des enseignements les plus spectaculaires tirés de l'accident de Tchernobyl réside probablement dans le changement d'attitude des gouvernements à l'égard des catastrophes technologiques. Ce changement a notamment consisté à reconnaître la nécessité d'une action commune au niveau international, à admettre qu'un accident grave est susceptible de se produire et qu'il est indispensable d'organiser des exercices nationaux et transfrontaliers. À cet égard, il y a lieu de noter le rôle majeur joué par le Comité de protection radiologique et de santé publique de l'AEN dans les exercices INEX et l'évolution notable des mentalités. Le progrès accompli peut se mesurer par le fait qu'il avait fallu créer des pays artificiels (Acciland et Neighbourland) lors de l'exercice INEX 1, alors que les exercices ultérieurs ont pu faire appel à des installations réelles dans des pays réels. Ces exercices sont très appréciés par les autorités nationales et locales, qui n'hésitent pas à inviter les médias locaux à s'en faire l'écho.

Cet effort important se matérialise maintenant sous la forme d'un document international, appelé Plan de gestion conjointe des urgences radiologiques des organisations internationales, patronné conjointement par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'Agence pour l'énergie nucléaire de l'Organisation de coopération et de développement économiques, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, l'Organisation mondiale de la santé et l'Organisation météorologique mondiale (IA00).

 

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